Lille : un bâtiment à énergie positive pour les plus les grandes archives départementales de France

Publié le 14 septembre 2013 à 12h10, mis à jour le 14 septembre 2013 à 12h29
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© MAXPPP | Le nouveau bâtiment des Archives départementales du Nord produit plus d'énergie qu'il n'en consomme
Avec AFP

Ni climatisation, ni isolation naturelle : il a fallu une technologie inédite et de nouvelles normes de conservation pour que le département du Nord se dote d'un bâtiment à énergie positive, une première pour des archives départementales.

C'est un immense bâtiment rectangulaire sur sept étages, dont la "peau" en inox qui empêche un rayonnement direct du soleil sur les murs tranche avec les briques rouges typiques du Nord.

Il accueille depuis le mois d'août les magasins transférés de l'ancien bâtiment qui sera démoli à partir du 23 septembre, deux ans et demi après la pose de la première pierre. Du toit, recouvert de 300 m2 de panneaux photovoltaïques, au sous-sol qui abrite la seule machine du bâtiment pour régler température et humidité, rien n'a été laissé au hasard.

Et pour cause, si le Grenelle de l'Environnement impose aux bâtiments publics une construction à énergie positive, le défi est d'autant plus grand pour des archives : les conditions de conservation imposent des normes très strictes. "En tant qu'archivistes, nous sommes préoccupés par le coût de la conservation,
et plus particulièrement le coût des systèmes de climatisation. Jusqu'à quand le département peut-il payer les factures?
", s'interroge Mireille Jean, directrice des Archives départementales du Nord.

Quel intérêt de construire un "beau bâtiment qui ne peut plus fonctionner au bout de quelques années pour des problèmes de financement"? Pour Mireille Jean, la réflexion à long terme est essentielle : dans les plus grandes archives départementales de France, les rayonnages s'allongent d'un kilomètre par an. Le nouveau bâtiment en abrite déjà 60 kilomètres.

Le Conseil général assume la plus grande partie du budget de 33 millions d'euros. L'Etat participe à hauteur de 3,5 millions d'euros, l'Europe donne 660.000 euros au titre des performances du bâtiment, et l'Agence de l'Eau 20.000 euros.

"L'une des réussites du projet, c'est qu'il fallait faire évoluer les normes pour utiliser un minimum de technologie", raconte André Michel, directeur adjoint de l'élaboration des grands projets au conseil général.


Chasse aux fuites d'air

Et elles ont évolué, pas seulement dans le Nord mais en France. Au lieu de se focaliser sur une température immuable grâce à la climatisation, un système coûteux et enclin à la panne, l'attention est portée aux "chocs thermiques".

Désormais, la température peut osciller de 16°C en hiver à 22°C l'été, 25°C en cas de canicule, mais jamais plus de 1°C par jour. Dans le nouveau bâtiment des archives, cette oscillation se fait en douceur. "On n'a jamais observé plus de 0,2°C de différence dans un magasin d'un jour à l'autre", souligne André Michel. "En cas de canicule, on peut fermer le bâtiment à l'extérieur, et il lui faudrait alors plus d'une semaine pour sortir de la fourchette".

Le bâtiment doit ce phénomène à son étanchéité et à sa masse de béton, qui ralentit tout changement de température venu de l'extérieur. Chasse est faite aux fuites d'air grâce aux triples vitrages et une menuiserie isolante. Le gros de l'isolation a été fait de l'extérieur du bâtiment.

Au final, la seule machine qui fonctionne pour contrôler la "climatique" du bâtiment de 14.000 m2 est l'équivalent d'une "chaudière d'appartement" de 18 kg. Le rôle de l'engin est principalement de maîtriser l'air qui y entre et en sort,sur un échangeur à double flux. Les calories de l'air vicié évacué sont récupérées
pour chauffer l'air apporté.

"C'est une machine qui fait appel à des technologies très rudimentaires, même si elle a l'air sophistiquée", note M. Michel. Elle permet de contrôler la température et l'humidité. L'hygrométrie doit en effet être maintenue entre 45% et 55%.

La seule machine consommatrice est finalement un moteur qui fonctionne à l'huile végétale. "L'énergie positive, c'est la différence entre l'énergie fossile utilisée et l'énergie renouvelable produite", explique Alain Michel. "C'est un concept de développement durable, pas un concept d'économies in fine".

La fin du déménagement va permettre dès la mi-septembre aux chercheurs et généalogistes en tout genre de revenir consulter en masse les immenses archives du Nord.